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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /2007 18:37

La douzième heure, 2005

© Françoise Quardon

 
Par Charlie Cerisier - Publié dans : Guest
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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 19:01

J’ai le temps, je t’en prie, dévore-moi, déforme-moi jusqu’à la laideur.1



 
Vampyre I, de Suehiro Maruo, mangaka japonais né à Nagasaki en 1956, est publié aux éditions Le lézard noir.
Le nom de l’éditeur résonne curieusement avec l’univers de Maruo, sombre et ondoyant
Quelques titres de chapitre : le spleen du vampyre, la fleur et le papillon, l’araignée à peau humaine.

Bienvenue dans un monde érotique, tourmenté, hybride, grotesque, contre-nature.

Le scénario-prétexte s’autoréférant à la manière d’un film en boucle, découpé à la hache mais avec délicatesse, est support à la virtuosité du trait de Maruo. Ici, viols, meurtres, suicides, amour dévorant sont ciselés par cet orfèvre de la plume, le sang est sombre, le jour souvent dans la nuit à la faveur d’une éclipse, soleil noir de la mélancolie.
« Je me fais manger, re-gaaar-de. »
Les clowns sont vicieux, les écolières perverses et vénales, la nature indifférente aux turpitudes des humains se déploie avec luxuriance et préciosité : finesse des zooms opérés dans le paysage, plantes et fleurs représentées avec une minutie digne des dessinateurs botanistes du XVIIIème siècle, dans une modernité pattern et all-over toute de surface.

Il n’y a que les choses superficielles qui ne puissent pas être insignifiantes. Ce qui est profond n’a point de sens ni de conséquences. La vie n’exige aucune profondeur. Au contraire.2

Les postures des corps désarticulés avec maniérisme font écho à la tradition du dessin érotique japonais et Maruo y introduit son interprétation de l’apocalypse contemporaine : les héros tombent encore et encore (dans les escaliers, par la fenêtre, dans un lac) et se relèvent indéfiniment pour assouvir leur terrible addiction au sang.
On pense évidemment au très métaphorique et baroque Addiction d’Abel Ferrara, samplant allègrement dope, vampirisme, Histoire et philosophie sur fond de gansta-rap.

L'expérience sans vérité ne concerne pas l'être en acte, mais son être en puissance.3

Le dernier chapitre intitulé avec une candeur sacarstique Tout se passe bien au paradis voit la mort par noyade d’un des protagonistes, vêtu d’un tee-shirt barré du mot Heaven. Le ciel se noie dans les marécages ornés de charmants nénuphars déployant dans les bas-fonds leurs racines gluantes et tentaculaires digne du Langage des fleurs de Georges Bataille.
Suit cette laconique épitaphe : « Mais tu vas mourir seul. Est-ce toi ou ce monde qui est anormal ? »

Chez Maruo, Valentin est un vampire, Valentine une collégienne qui fait la pute près des hospices.
Dans un paysage mondial et amoureux de plus en plus lisse, propre et vide, voici une œuvre forte et ambiguë qui ravit les yeux, l’esprit et émeut les chairs.
Et si Valentin s’appelait…Dracula ?

Qu’il nous hante avec cocasserie et élégance, comme Martin Landau interprétant le grand Bela Lugosi dans cet autre chant d’amour, Ed Wood de Tim Burton.


1. Marguerite Duras, Hiroshima mon amour
2. Paul Valery,
Tel quel
3.
Giorgio Agamben, Bartleby ou la création

 

Vampyre-p117.jpg

 

Par Françoise Quardon - Publié dans : Guest
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Dimanche 21 janvier 2007 7 21 /01 /2007 14:20

 

Tatouages.jpg

Hanche ; cet acronyme signifie :                                        Morgue de l'hopital Oboukhov
Si tu es infidèle, je te couperai les couilles                          La détenue qui portait ce tatouage a été tuée
                                                                                       dans une maison de passe


A l’ère de l’affaiblissement de tous les signes faisant sens par le veau d’or du total look, la récupération du tatouage est une pierre de plus scellée dans l’architecture du grand temple de la consommation post-capitaliste : « parce que je le vaux bien ».

 

Heureusement, l’hiver (et oui chaque saison a son charme) nous préserve un moment de la vision de tatouages imbéciles exécutés à la chaine sur les épaules ou les reins des minettes de 16 à 66 ans, abonnées aux dos nus, strings et autres tailles basses.

 

Homo vulgus lookus, pas touche à nos encreurs et encriers ! Halte aux roses tribales sacro-lombaires, aux dauphins échoués sur les épaules, aux empreintes de papattes de chaton (eh oui) artistiquement déposées autour du décolleté de la demoiselle (qui doit sans doute « donner la gougoutte à son chat »).

 

Après la découverte des derniers musettes de Ménilmontant et leur pourissement par les hordes de bobos, le vintage (prononcez in french s’il-vous-plait) qui dépouille les punks, biffins et autres apaches de Montreuil pour engraisser les branchés des Halles, que reste-t-il au Rock’n’Roll ? (peut-être l’anonymat discret et nonchalant du fantôme du grand dandy Joey Ramone, Gabba,Gabba, Hey ! )

 

Tant de gens vous excitent
et vous sucent sans limite
jusqu’à vous faire cracher
votre envie de reconnaissance et de réussite
mais j’me mouche et je m’invite
à danser une valse sur une piste de ski
et blanc sur neige j’écris que j’aimerais mieux pas

 

Et quoi qu’ils me demandent je ne dirai pas oui
et quoiqu’ils me demandent je ne dirai pas non
I won’t say no I won’t say yes
I WOULD JUST SAY THAT I WOULD PREFER NOT TO .

Zabriskie Point

 

Stop, laissez les dauphins à BB, quant aux tatoué(e)s, les dur(e)s, les vrai(e)s, ils n’ont jamais attendu et n’attendront jamais les boums d’été ou la dernière collection Galliano (fort seyante au demeurant) pour inscrire sous leur peau leur croyance en l’amour, la rage, la vie, leurs aleas et pour faire de ces petites histoires banales, humaines et privées, des enluminures de chairs destinées à disparaître ashes to ashes, dust to dust.

 
 

 

A consulter d’urgence Russian Criminel Tattoo Encyclopaedia, éditions Steidl/Fuel

 
Par Françoise Quardon - Publié dans : Guest
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