Cahiers

Mardi 3 avril 2007 2 03 /04 /2007 20:14

Sonatine--article-.jpg

 
 

Synopsis :

Murakawa, bras droit de Kitakima, chef d’un clan de yakuzas, est un homme froid et violent, éliminant sans pitié ceux qui se dressent sur sa route. Mais Murakawa est aussi un homme las, qui aspire à changer de vie. À la demande du second du parrain, il accepte de partir avec ses acolytes dans l’île d’Okinawa, pour venir en aide à un  clan « ami », en guerre avec le clan Anan. Ce dernier réplique immédiatement. Bureau plastiqué et fusillades s’enchaînent. En attendant que les choses se calment, Murakawa et les survivants vont se réfugier dans un cabanon de bois aux abords d’une plage idyllique.

 
Dans Sonatine, mélodie mortelle, tout est une question de temps.
Au bout du chemin, la mort n’affichera aucun retard. Alors que faire en attendant ? Il faut bien tuer le temps.
Et pour le temps comme pour la tuerie, Kitano se pose en maître. En véritable chef d’orchestre, il impose son rythme.




 
La mélodie, le rythme, le tempo et la nuance. Ce sont les quatre principaux éléments factuels permettant de caractériser une phrase musicale donnée. Dans le domaine du rythme musical, le tempo est déterminé par la pulsation. C’est l’accent qui intervient de manière cyclique au début de chaque temps.
Sonatine distingue deux pulsations différentes, la rafale d’armes à feu et l’éternel bruissement des vagues. Elles s’alternent, se répondent et se mêlent. Des exercices (parfois risqués) de tir sur la plage, un tueur lent et méticuleux en habit de pêcheur.

Chez Kitano, le mélange des tons (caractéristique du drame) est omniprésent. Il introduit discrètement des éléments comiques dans un contexte généralement tragique. Mais le rire est jaune. Car l’éclatement de la violence - parfois au beau milieu d’une lente scène poétique – est toujours rapide et inattendue, ce qui la rend puissante et tellement réaliste.
Patience et violence, langueur et éclat se donnent ainsi la réplique en toute irrégularité.
 



Mais chaque scène n’est vraiment perceptible que par sa situation, car à la manière du théâtre nô, les protagonistes portent le masque et les dialogues, les expressions et la gestuelle font preuve d’une économie particulièrement rigoureuse.
Impassible et monstrueusement charismatique, Kitano interprète le rôle de Murakawa, une sombre incarnation de l’anti héros. C’est un personnage espiègle et cruel qui s’amuse en effrayant ses hommes. Chez lui, la victoire est totale quand le combat n’est plus équitable et les batailles de feux d’artifice se remporteront avec des balles réelles. Mais "à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire..." Corneille, Le Cid
Et l’étendard du sauveur sera rongé par la crainte. Car si la peur anime les durs, elle saura toujours les dépouiller de leurs pâles étoiles.




"Quand t’as la frousse en permanence, t’en arrives à préférer la mort."



Sonatine, mélodie mortelle
Un film de Takeshi Kitano
Japon, 1993
Durée : 1h 34min
Avec Takeshi Kitano, Aya Kokumai, Tetsu Watanabe, Masanobi Katsumuru, Susmu Terashima
Musique : Joe Hisaishi
Date de sortie en France : 3 Mai 1995
[Sonatine ( © DR )]
Par Charlie Cerisier - Publié dans : Cahiers
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /2007 19:07

En ce moment et jusqu’au 13 mai 2007, à La Maison rouge
10, boulevard de la Bastille 75012 Paris

 

 

Tetsumi Kudo
La montagne que nous cherchons est dans la serre

 

Your-Portrait--1966.jpg
 Votre portrait, mai 1966 © Photo Hiroko Kudo


L’artiste est japonais et vit en France de 1962 à 1987.
Très actif dés le début des années 60, Tetsumi Kudo est un résistant. Un clandestin de l’avant-garde, un révolté contre le grand mythe de la liberté et contre tout ce qu’il touche.

Sexualité dominante, maîtrise illusoire de la technologie et conflit de puissance. L’homme est destiné à vivre en esclave de ses origines profondes et de sa propre domination. Kudo nous offre une vision apocalyptiquement grotesque, acide et peinturlurée de la nature humaine.

Il décèdera d’un cancer le 12 novembre 1990 à l’âge de 55 ans.

 

 

« Anti-classique, Kudo est également anti-romantique. Ne croyant à aucune issue pour lui-même, il ne se présente pas non plus comme un nihiliste ou un désespéré. En parlant de son travail, il rit très souvent. Le rire de Tetsumi Kudo, qui révèle sa jouissance à révéler l’impuissance, est sa liberté. » Alain Jouffroy


 

Greffe-symbiose--1973---Votre-portrait--1975.jpg
Greffe symbiose, 1973                                Votre portrait, 1975
© Tetsumi Kudo                                        
© Tetsumi Kudo


Fixé au mur sous une cage de plexiglas, émergeant d’un morceau de pied humain déchiqueté et supurant, un escargot bionique à tête phalique glisse le long de fleurs artificielles et dégoulinantes en suivant les méandres fondus d’un carré de fausse pelouse en plastique. C’est un de vos nombreux portraits.

 

« L’humanité est contrôlée par la nature,
la nature est contrôlée par l’humanité,
l’électronique contrôle et cultive l’humanité,
l’humanité contrôle et fait proliférer l’électronique,
et la nature contient l’électronique. » Testsumi Kudo



The Wandering Boy is Forever Attractive, 1985
© Tetsumi Kudo

Par Charlie Cerisier - Publié dans : Cahiers
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Jeudi 22 février 2007 4 22 /02 /2007 20:31
The-Saddest-Music-in-the-world--article-.jpg


« If you’re sad, and like beer, I’m your lady. »


 

Synopsis :

Winnipeg, au Canada.
En 1933, au coeur de la Grande Dépression. Lady Port-Huntly, baronnesse locale de la bière, bien décidée à profiter de la fin proche de la Prohibition, lance le concours de la musique la plus triste du monde. Des candidats du monde entier affluent vers la ville enneigée et glaciale. Attiré par le prix de 25 000 $, chacun tente d'interpréter à sa manière la plus profonde tristesse au cours d'une compétition euphorique, largement arrosée à la bière locale, la Muskeg, et suivie à la radio par des Américains qui ont soif. De retour dans sa ville natale accompagné de la belle Narcissa, amnésique et nymphomane, Chester Kent, producteur de Broadway ruiné et cynique représentera les Etats-Unis. Réunis à cette occasion, les trois membres de la famille Kent s'affronteront bien au-delà de la seule musique et règleront à l'occasion d'anciens secrets de famille.




Guy Maddin est reconnu comme l'une des voix les plus étranges du cinéma contemporain. Travaillant le cinéma à partir de son matériau originel, le cinéma muet, il en copie la texture (scintillements, visages surexposés, images charbonneuses) et en reprend les intrigues mélodramatiques qu'il teinte de romantisme macabre.

Dans un gigantesque cabaret situé au centre d’une petite ville enneigée, s’éternise une fête au parfum mondialement éthylique où des duels musicaux délirants s’achèvent en plongeons dans une véritable piscine de bière.

Guy Maddin viendra cependant tacher la féerie. Son goût notoire pour le bizarre, la noirceur  et la cruauté - comme sa fascination pour les mutilations - l’aide à passer avec une grande facilité du burlesque à l'effroi (et inversement).


« Il sublime Isabella Rossellini en lui confiant ce rôle de reine capricieuse. Admirateur de Lynch, il fait tourner son égérie et replace sur le devant de la scène une actrice trop oubliée dont la beauté et la force de jeu sont révélées par une image d’un autre temps. »




« It makes me bubble. »

 

The Saddest Music in the World
Un film de Guy Madin
Canada 2003
Scénario original : Kazuo Ishigiro
Durée : 1h39
Avec Isabella Rossellini, Mark McKinney, Maria de Medeiros, David Fox, Ross McMillan …
Sortie en salles (France) : 22 février 2006

[© E.D. Distribution]

Par Charlie Cerisier - Publié dans : Cahiers
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Mardi 6 février 2007 2 06 /02 /2007 22:11
Les-artistes-du-th----tre-br--l----article-.jpg


Synopsis :

Le Cambodge se remet difficilement du passage des khmers rouges. Un théâtre (conservé pour la propagande) a finalement brûlé dans un incendie en 94. Un groupe de comédiens continue d'occuper les lieux, depuis longtemps désertés par le public. Aujourd’hui, à côté de ces ruines, on construit un casino.

« Les arts traditionnels et populaires sont en train de disparaître à leur tour, face à la concurrence de la télévision. Mais il existe encore des artistes. Dépositaires d’une tradition qu’ils ne peuvent transmettre, faute de structures, de soutien financier et de lieux de spectacle, ils sont condamnés à vivre dans la misère, ou à monter des spectacles exotiques pour les touristes. Au Cambodge on naît Artiste (les familles perpétuent des lignées de danseurs, de comédiens, de chanteurs), et on le reste. Ni les guerres, ni les massacres, ni la sauvagerie de l’économie « ultra-libérale » ne peuvent altérer leur foi, ce qui les rend en même temps particulièrement vulnérables et lucides. »


 


Après S 21, la machine de mort khmère rouge (2002), Rithy Panh continue d’œuvrer pour la mémoire et il s’interroge :
« Le travail pédagogique qu'on fait, je me demande si ça ne contribue pas à minimiser le génocide. »
Mais il ne faut pas oublier le poids de la culture.
Pour qu’il y ait acte de création, il faut qu’il y ait une nécessité, expliquait Deleuze en conférence à la Fémis en 87.
De la nécessité d’être un artiste aujourd’hui. Particulièrement dans un pays où les problèmes les plus urgents à affronter sont essentiellement économiques, lutter contre la misère, la sècheresse, la famine…
La culture et la pensée permettent aussi à un pays d’avancer et de se reconstruire.
La nourriture de l’esprit reste alors primordiale. Pour l’estomac, il faudra parfois se contenter d’une soupe.
Parfois même de chauve-souris.




« Rodrigue, as-tu du coeur ? »


Les Artistes du théâtre brûlé
Un film de Rithy Panh
France-Cambodge, 2005
Durée : 1h25
Avec Peng Phan, Chheang Bopha, Thén Nan Doeun, Ieng Hoeun, Kév Rotha…
Sortie en salles (France) : 9 novembre 2005
[Photographies © CDP]

Par Charlie Cerisier - Publié dans : Cahiers
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Lundi 29 janvier 2007 1 29 /01 /2007 16:39

Quand on aime un tant soit peu la photographie, il est impossible d’apprécier

 Les Peintres de la vie moderne
Donation - Collection photographique de la Caisse des Dépôts

peintres-de-la-vie-moderne.jpg

« Cette exposition célèbre l'importante donation de la collection de photographies contemporaines faite par la Caisse des Dépôts au Centre Pompidou en 2006. Le parti pris adopté est de montrer la quasi-totalité des 680 œuvres. Composée de photographies d'artistes français et étrangers des années 1980 à nos jours, cette collection laisse une large place à la jeune création. Elle s'est constituée entre 1991 et 2003 à partir d'acquisitions directes choisies en commission d'achat, de commandes et d'aides à la production d'œuvres. Grâce à cet apport, le fonds de photographies du Musée national d'art moderne se trouve considérablement enrichi et de nouvelles œuvres de Thomas Struth, Andreas Gursky, Thomas Ruff, Martin Parr, Thomas Demand, Valérie Jouve, Eric Poitevin, Sophie Ristelhueber... entrent dans les collections nationales. »

 L’exposition de photographie la plus indigeste qu’il m’ait été donnée de voir depuis bien longtemps. Le parti pris - comme ils disent - est surtout de ne pas prendre parti. Tout montrer, et le plus en merde possible. Aucune respiration, aucun choix dans l’accrochage n’est fait autre que celui de ne laisser aucun vide. Le visiteur doit en avoir pour son argent.
Il n’y a pas si longtemps, je vous recommandais Paprika, un des films de Satoshi Kon dans lesquel il « cherche à interroger et formaliser ce rapport parfois dangereux que nous pourrions entretenir avec la prolifération des images ».
Nous le retrouvons ici sous une autre forme, ce rapport débile de collection boulimique sans aucun critère de qualité, ni dans l’image, ni dans le travail. De l’étalage, c’est tout.
Il y a heureusement du bon dans tout ce fatras mais perdu au milieu d’un ramassis de sous-crottes bien médiocres voire sans intérêt aucun et vas-y que je te pousse un bon coup de cocorico pour couvrir tout ça et le tour est joué.
Les commissaires de cette exposition, dans un élan de courage remarquable, ont choisi de ne prendre aucun risque. Sinon celui de voir le visiteur, gavé, ne pas avoir le temps de sortir avant de…

Personnellement j’ai tenu bon. J’ai donc quand même pu découvrir quelques œuvres de photographes qui m’étaient jusque-là inconnus.

 


Silence of Shadows Series, The Rabbit, 1997
© Mac Adams



Amusement Park, Wave Pool Bathers, 2000
©
Alex S. Maclean

Par Charlie Cerisier - Publié dans : Cahiers
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Catégories

Jukebox










My Strange Uncles..
Gogol Bordello, 2007
 

Poetry in Motion
Puppetmastaz, 2009
 
 
How we kill stars
Shaka Ponk, 2009




   

Étagère

Syndication

  • Flux RSS des articles

Recommander






















Sauf indication contraire, toutes les images contenues dans ces pages sont © Charlie Cerisier
pour toute forme de diffusion ou d'exploitation. Il est interdit de les utiliser sans autorisation.
   


Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés