Mardi 3 avril 2007
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Synopsis :
Murakawa, bras droit de Kitakima, chef d’un clan de yakuzas, est un homme froid et violent, éliminant sans
pitié ceux qui se dressent sur sa route. Mais Murakawa est aussi un homme las, qui aspire à changer de vie. À la demande du second du parrain, il accepte de partir avec ses acolytes dans l’île
d’Okinawa, pour venir en aide à un clan « ami », en guerre avec le clan Anan. Ce dernier réplique immédiatement. Bureau plastiqué et fusillades s’enchaînent. En attendant que les choses se
calment, Murakawa et les survivants vont se réfugier dans un cabanon de bois aux abords d’une plage idyllique.
Dans Sonatine, mélodie mortelle, tout est une question de temps.
Au bout du chemin, la mort n’affichera aucun retard. Alors que faire en attendant ? Il faut bien tuer le temps.
Et pour le temps comme pour la tuerie, Kitano se pose en maître. En véritable chef d’orchestre, il impose son rythme.
La mélodie, le rythme, le tempo et la nuance. Ce sont les quatre principaux éléments factuels permettant
de caractériser une phrase musicale donnée. Dans le domaine du rythme musical, le tempo est déterminé par la pulsation. C’est l’accent qui intervient de manière cyclique au début de chaque
temps.
Sonatine distingue deux pulsations différentes, la rafale d’armes à feu et l’éternel bruissement des vagues. Elles s’alternent, se répondent et se mêlent. Des exercices (parfois risqués) de tir sur
la plage, un tueur lent et méticuleux en habit de pêcheur.
Chez Kitano, le mélange des tons (caractéristique du drame) est omniprésent. Il introduit discrètement des éléments comiques dans un contexte généralement tragique. Mais le rire est jaune. Car
l’éclatement de la violence - parfois au beau milieu d’une lente scène poétique – est toujours rapide et inattendue, ce qui la rend puissante et tellement réaliste.
Patience et violence, langueur et éclat se donnent ainsi la réplique en toute irrégularité.
Mais chaque scène n’est vraiment perceptible que par sa situation, car à la manière du théâtre nô, les protagonistes portent le masque et les dialogues, les expressions et la gestuelle font preuve
d’une économie particulièrement rigoureuse.
Impassible et monstrueusement charismatique, Kitano interprète le rôle de Murakawa, une sombre incarnation de l’anti héros. C’est un personnage espiègle et cruel qui s’amuse en effrayant ses
hommes. Chez lui, la victoire est totale quand le combat n’est plus équitable et les batailles de feux d’artifice se remporteront avec des balles réelles. Mais "à vaincre sans péril, on triomphe
sans gloire..." Corneille, Le Cid
Et l’étendard du sauveur sera rongé par la crainte. Car si la peur anime les durs, elle saura toujours les dépouiller de leurs pâles étoiles.
"Quand t’as la frousse en permanence, t’en arrives à préférer la mort."
Sonatine, mélodie mortelle
Un film de Takeshi Kitano
Japon, 1993
Durée : 1h 34min
Avec Takeshi Kitano, Aya Kokumai, Tetsu Watanabe, Masanobi Katsumuru, Susmu Terashima
Musique : Joe Hisaishi
Date de sortie en France : 3 Mai 1995
[Sonatine ( © DR )]
Par Charlie Cerisier
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Publié dans : Cahiers
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